Pour en finir avec les régimes — Épisode 2

Thierry Casasnovas
L'ÉQUIPE RGNR
04/06/2026

Cette vidéo n'était pas prévue. Elle est née d'un débat sur les réseaux sociaux à propos d'une population traditionnelle dont l'alimentation reposait à 70-80 % sur des glucides complexes, sans surpoids. Beaucoup ont expliqué ce constat par la génétique, le groupe sanguin ou un déterminisme de type. Thierry Casasnovas part de là pour examiner, une à une, toutes ces approches : régimes par génotype, par groupe sanguin, typologies traditionnelles, puis régimes par exclusion. Leur point commun, et leur principale erreur : présupposer une grille fixe qui dicterait, pour toujours, ce que vous devez manger.

Premier constat : la génétique n'est pas figée. Les grandes études de nutrition personnalisée (Food4me, PREDICT-1, Personalized Nutrition Project, près de 3 500 personnes) ne retrouvent aucune prédiction fiable du régime optimal à partir des gènes. La classification des groupes sanguins ABO est une approximation conçue pour sécuriser les transfusions, pas une catégorie biologique. Surtout, ce qui s'exprime au quotidien n'est pas le gène mais son expression, modulée en permanence par l'environnement : le microbiote se reconfigure en quelques jours, l'induction enzymatique en quelques jours, la méthylation de l'ADN en quelques semaines. Avec environ 3 millions de gènes microbiens pour 23 000 gènes cellulaires, c'est largement la génétique du microbiote, et non celle de nos cellules, qui pilote notre adaptation réelle.

Deuxième partie : les régimes par exclusion (cétogène, high carb, végétalien, hyperprotéiné). Pourquoi des régimes aussi opposés produisent-ils tous des témoignages positifs ? Parce qu'ils partagent les mêmes leviers : l'éviction des aliments ultra-transformés, une densité calorique plus basse, moins d'hyperpalatabilité, une palette plus monotone et une attention accrue à ce que l'on mange. À court terme, ces facteurs expliquent l'essentiel des bénéfices. À long terme, exclure durablement un macronutriment a un coût : baisse de la conversion thyroïdienne T4-T3 en cétogène strict, effondrement des hormones stéroïdiennes en régime sans gras, surcharge rénale et dysbiose en hyperprotéiné, déficit en oméga-3 et B12 en végétalisme.

Troisième partie, la plus utile : si aucune grille extérieure ne fonctionne, comment savoir quoi manger ? La réponse vient du physiologiste Michel Cabanac et s'appelle l'alliesthésie. Le plaisir gustatif et olfactif d'un aliment varie selon l'état physiologique interne : le corps rend appétant ce dont il a précisément besoin à l'instant présent. Cette boussole est précise sur les aliments bruts ou peu transformés, et brouillée par les produits ultra-transformés, conçus pour tromper nos circuits du plaisir. La conclusion tient en peu de mots : pas de grille fixe, mais une écoute du corps en temps réel. Nous sommes faits pour manger comme les grands singes, c'est-à-dire à l'instinct, mais jamais pareil que notre voisin ni pareil qu'hier.


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