Comment en sommes nous arrivés là et comment en sortir - Épisode 3 - Éric Ancelet et Thierry Casasnovas - La "révolution" néolithique et ses conséquences.

Thierry Casasnovas
L'ÉQUIPE RGNR
02/09/2025

Ce troisième épisode de la série reprend là où les deux précédents s'étaient arrêtés : la néothénie humaine et l'hypertrophie cérébrale comme point de départ, pour basculer vers ce qu'Éric Ancelet appelle la « conversion » du sauvage au domestique. Le mot est choisi avec soin, car sa connotation religieuse n'est pas accidentelle : il s'agit de comprendre comment le passage au mode de vie sédentaire a été présenté, et intériorisé, comme un progrès vers la civilisation.

La sédentarisation entraîne une série de transformations concrètes que les deux interlocuteurs déroulent méthodiquement : apparition des sépultures et du culte des morts, alliance progressive entre humains et loups, division du travail, émergence de surplus céréaliers qui rendent possible l'existence de populations non productrices, armées permanentes et bureaucraties. Éric Ancelet insiste sur le fait que ces structures ne sont pas inévitables : des confédérations ont existé sans État centralisé, et des mécanismes de redistribution régulière, comme le potlatch, empêchaient l'accumulation individuelle de richesse.

La discussion aborde ensuite le lien entre pauvreté, dette et esclavage, trois notions qui, selon Éric Ancelet, ne peuvent apparaître qu'une fois les classes sociales constituées. L'esclavage n'est pas réduit à sa forme la plus visible : il désigne plus largement le fait d'accomplir un travail dans des conditions qu'on n'accepterait pas pour soi-même. Les chiffres actuels sur les bidonvilles et la concentration des richesses sont convoqués pour montrer que la structure hiérarchique des premières cités mésopotamiennes, du temple au bas de l'échelle sociale, reste lisible dans l'organisation du monde contemporain.

L'épisode se termine sur deux pistes : d'un côté, le rôle de la philosophie aristotélicienne comme socle mécaniste repris à la Renaissance pour fonder les institutions juridiques et politiques modernes ; de l'autre, une lecture biologique de l'accumulation compulsive, interprétée comme réponse d'un animal terrorisé par le vivant, cherchant à le contrôler plutôt qu'à s'y intégrer. Ces deux fils seront repris dans les épisodes suivants.


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